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La lettre des Versants de la Dyle sur le contournement nord de Wavre

Le projet du contournement nord cause sans conteste une atteinte profonde à son environnement. En effet, son tracé défigure un des plus beaux paysages des communes de Wavre et Grez-Doiceau, il détruit la tranquillité du quartier du Culot et perturbe de manière significative un cadre biologique reconnu, en traversant un site de grand intérêt biologique (SGIB) et en passant à côté d’un site Natura 2000.
Par ailleurs, la topographie accidentée des lieux et la nécessité de franchir par des ponts la ligne SNCB, la Dyle, la N268, l’allée du Bois des Roux ainsi que plusieurs chemins agricoles et forestiers, feront que le coût de réalisation de cette route sera important (les estimations aujourd’hui évoquent un montant de 20 millions d’euros qui sera probablement largement dépassé).
Le montant de l’investissement et les impacts significatifs du projet sur le cadre environnemental interpellent. Ils doivent être mis en face des avantages que cette nouvelle route apporterait pour justifier sa réalisation.
A ce propos, l’asbl Les Versants de la Dyle pose la question de la pertinence des arguments évoqués par les auteurs du projet[1]. En effet :

a) les auteurs affirment que le contournement nord dissuadera les automobilistes en transit de traverser le centre de Wavre en les renvoyant sur les axes à grande circulation de l’E411 et la RN25. Nous pensons que c’est déjà le cas, ceux-ci étant plus aisés et rapides à emprunter que les rues du centre ville, ne fut-ce que à cause des fermetures fréquentes des passages à niveau ;

b) autre argument en faveur du projet, la circulation venant du sud par la E411 serait déviée par la RN25 et pourrait joindre le zoning nord grâce à la nouvelle route, éliminant ainsi les files à la sortie Bierges de l’autoroute ainsi que sur la Chaussée des Collines. Afin de mesurer l’ampleur du problème, plusieurs chronométrages aux heures de pointe du matin furent effectués: sur un trajet partant de Louvain-la-Neuve, au giratoire RN4/Bd de Wallonie, et empruntant la E411 et la Chaussée des Collines jusque GSK (longueur 10,5 km), les temps enregistrés furent entre 13 et 15 minutes. Si on dirigeait le trafic vers la RN25 et le contournement nord, combien de minutes gagnerions-nous ? Des chronométrages sur le même trajet en sens inverse pendant les heures de pointe du soir montrent des valeurs légèrement supérieures (entre 12 et 19 minutes) expliquées par le fait que les automobilistes doivent franchir des feux de signalisation au pont de Bierges avant de s’engager sur la E411 ;

c) Troisième argument principal évoqué, le projet permettrait de réaliser un contournement complet autour de Wavre. Effectivement, quand on consulte la carte, le contournement nord apparait comme une réalisation évidente pour boucler le « ring » autour de Wavre. Attention cependant à ne pas se laisser trop vite séduire par cette option. En effet, contrairement à la circulation de transit sur les branches E411 et RN25, le trafic sur la Chaussée des Collines est local et ne dessert que les entreprises du zoning nord. On peut donc parfaitement dimensionner les infrastructures routières en fonction du nombre de personnes travaillant dans le zoning. Si le contournement nord se réalise, ce ne sera plus le cas, car il faudra gérer en outre une circulation de transit qui risque de charger de manière incontrôlée le trafic, en particulier, sur le pont au dessus de la E411 qu’on pensait justement décharger en réalisant le contournement nord.
Enfin, les auteurs du projet se basent sur les conclusions du Plan de sécurité routière de Wavre, qui datent de mars 2004, pour justifier le projet. Celles-ci sont cependant dépassées car, à l’époque, l’ensemble des éléments de mobilité qui prévalent aujourd’hui n’avaient pas été considérés, notamment en ce qui concerne la mobilité alternative à la voiture.

La justification du contournement nord de Wavre ne parait pas donc pas aussi évidente. On doit en effet s’interroger sur la pertinence du projet, d’autant plus que la croissance du personnel travaillant au zoning nord arrive bientôt à son terme. Le personnel de GSK dans le zoning nord approche maintenant son quota de 5.500 personnes, objectif de l’entreprise. Le reste du zoning nord est quasi plein et les dernières entreprises à s’installer amèneront quelques centaines d’emplois supplémentaires.
Par ailleurs, plusieurs aménagements, dont certains sont déjà décidés, peuvent améliorer l’accessibilité des entreprises du zoning nord :
– mettre à quatre bandes la Chaussée des Collines entre le giratoire Mercedes et GSK ;
– sur la branche sud de ce même giratoire, créer un by-pass pour les mouvements de tourne-à-droite vers GSK. Cette mesure, ainsi que la précédente, réduirait sensiblement la charge de trafic sur le giratoire aux heures de pointe du matin ;
– encourager GSK et les autres entreprises à promouvoir le covoiturage par des mesures incitatives à l’égard du personnel. Pour GSK, la répartition modale des déplacements donne 85% pour les voitures avec une personne à bord et 12,6% pour les voitures avec passager(s). Ce résultat peut être amélioré par une politique plus volontariste ;
– sécuriser la sortie Bierges de la E411 pour les usagers venant du sud ;
– négocier avec le TEC la mise en place de navettes de bus plus efficientes entre la gare de Wavre et le zoning nord ;
– créer une piste cyclable le long de la RN4 entre la gare de Wavre et le zoning nord. Dans la répartition modale des déplacements chez GSK, le vélo ne représente que 0,1%, soit 5 cyclistes, et c’est compréhensible car il n’existe aucune liaison cycliste sécurisée du centre de Wavre vers le zoning nord ;
– voir avec la direction de l’Ecole du Verseau l’opportunité de créer un parking « kiss and ride » près de la station service à proximité de l’école, avec un accès piétonnier sécurisé vers celle-ci, afin d’éviter que les parents n’empruntent inutilement la Chaussée des Collines et la rue de Wavre pour déposer leurs enfants.

Toutes ces considérations nous amènent à la conclusion qu’il est nécessaire d’entreprendre une étude de mobilité approfondie permettant d’opérer les bons choix d’investissement parmi toutes les alternatives que nous venons d’ébaucher ainsi que d’autres qui ne concernent pas directement l’accessibilité du zoning nord de Wavre (nous pensons par exemple à la fermeture de certains passages à niveau sur la ligne 139).
>La Ville de Wavre vient d’ailleurs de décider de lancer un Plan communal de mobilité en l’inscrivant dans son Programme stratégique transversal (P.S.T.), lequel fut adopté lors de la séance du Conseil communal du 18 février 2014. Ne serait-il alors pas judicieux d’attendre les résultats du Plan avant toute décision importante d’investissement en matière de mobilité à Wavre ? La population comprendrait sans difficulté que l’argent de la collectivité doive en priorité être alloué aux projets les plus efficaces pour améliorer ses déplacements.